Une nouvelle rubrique…

Tous les mois environ, des passionnés de littérature de jeunesse de divers horizons se retrouvent à la librairie pour partager leurs coups de coeurs, ou coups de gueules. Nous prendrons désormais soin de publier les critiques issus de  ce comité, en voici quelques une déjà, glanées depuis Septembre…

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L'écuyère. Elzbieta

 

Encore un merveilleux livre !

Ne vous laissez pas illusionner par les délicieuses couleurs (des pastels dans l’esprit de Beatrix Potter) et par les formes douces de ces petits êtres qui déroulent leur histoire sur 4 plages par page dans une sorte de BD sans case, sans phylactère ; en fait l’histoire est rude et l’intérêt principal du livre vient de ce décalage entre images et texte

C’est l’histoire de « la maman à une place » c'est-à-dire qui peut assumer un seul enfant et qui rejette définitivement la petite fille en trop ! bien que le récit ne soit pas situé dans le temps ni par l’image ni par le texte , le châtiment est bien actuel : prison, enfant séparé et catastrophes ; les « petits êtres » se débattent , la lueur d’espoir viendra des gens « hors institution » : les gens du cirque.

 

Cette histoire qui ferait certainement un mauvais roman réaliste est incarné par de petites figurines, des infra-personnages qui vont leur bonhomme de chemin, la disposition des plages dessinées manifeste bien cette idée du chemin : on peut toujours continuer ! Il y a aussi dans ce conte cruel des bonnes fées : le fantôme et les gens du cirque mais leur pouvoir est limité, ils n’empêchent à l’héroïne ni le foyer ni le rapt par une famille maléfique..  ; la douceur des images , leur simplisme sont très intéressants, elle permet certainement une lecture à plusieurs niveaux pour l’enfant, elle est aussi très moderne : si présente dans la littérature adulte cette individuation « basse » des personnages est porteuse de nouvelles lectures ; l’enfant n’est prisonnier ni des images (ce qui est le cas dans des albums saturés d’images offrant un univers « plein » ) car elles sont ébauchées et minuscules, ni du texte car il est découpé en simples phrases courtes toujours imagées : le fil narratif est de m^me taille que le fil graphique ; on remarque aussi que le texte ménage des ellipses qui incitent à revenir en arrière dans le lecture ex : la mère voyante se voit frotter les limaces, avenir qui ne sera pas réalisé, mais dans le château de la méchante marâtre il y a des limaces , y aboutira t elle un jour ? Un album donc passionnant sous des dehors discrets !

Chantal.

 

 

 

 

 

 

 Le temps des Marguerite

 

 

 

« COUP DE CŒUR »

 

Vincent Cuvellier

Robin ill.

Deux petites Marguerite habitant la même maison, l’une en 1910, l’autre en 2010 changent d’époque en endossant chacune la robe d’une tante (et arrière tante pour celle de 2010) magicienne, la Marguerite moderne se retrouve( incognito bien sur car elle se ressemblent) dans la famille bourgeoise et bien pensante de 1910, l’autre dans une famille cool où l’on mange des pizzas devant la télé. Ce n’est pas un livre se contentant d’aligner les différences entre les deux époques (comme les livres de P Dupaquier par exemple) mais qui a l’ambition de montrer comment les modes de vie, d’aimer ses enfants, ses idées sur le monde sont aussi relatifs à une époque. C’est un livre formidable d’invention qui tient à la fois le fil de l’histoire collective, celui des modes de vie et celui des réactions individuelles à travers une fiction pleine de drôlerie. En outre l’auteur ne donne jamais l’avantage à une époque sur une autre (jamais « c’était mieux avant » et jamais « vive le progrès » !) ; enfin c’est aussi une métaphore de l’adolescenc, âge où l’on se sent souvent « déplacée » dans sa propre famille : d’ailleurs dans les deux familles , le moteur de la fiction c’est l’ennui absolu des deux Marguerite l’une qui n’a pas la permission de sortir, l’autre qui est seule (car les parents de 2010 sont très occupés  et les copains souvent partis dans mille activités).

Le propos ne verse pas non plus dans un relativisme absolu, par ex Marguerite moderne hurle quand son frère fier soldat de 1910 l’emmène voir le zoo humain de l’expo universelle, elle qui a en 2010 des copains de toutes nationalités, et son frère finalement reconnaît un peu ses raisons, on voit donc comment les sociétés impriment leurs idées mais comment les individus gardent une certaine liberté de penser que ce livre salue ;

Le livre entier est sous l’égide d’Alice au pays des merveilles, emblème des héroïnes « déplacées » dans des univers où elle raisonnent et cherchent leur chemin ; le graphisme est épatant : apparenté à Héloïse (de kay Thompson), un peu aussi aux croquis de P Dumas (sans leur charme) ce sont des croquis rapides, très expressifs , dans les deux époques sans embarras du décor , à hauteur des individus et de leurs émotions

 

Chantal Derycke

 

 

 

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