Archives pour la catégorie Critiques

Georgia, Tous mes rêves chantent

Une foule d’artistes est réunie dans ce livre-CD, et cette foule n’est pas éparpillée puisqu’elle est tenue, durant l’heure d’écoute, par un texte de Timothée de Fombelle qui les fédère et les illustrations de Benjamin Chaud qui les unit. Le fil, c’est en effet l’histoire de Georgia, star de la chanson, qui livre son histoire et son secret. Tour à tour, Alain Chamfort, Pauline Croze, Albin de la Simone, Rosemary Standley, Florian Laconi, etc., interviennent en chanson, colorant l’histoire de leur timbre, de leur style. Porté par l’Ensemble Contraste, le projet a eu le souci de mêler les talents du classique, du jazz, de la pop.

Ce qui ressort, ce qui est audible, c’est le fait que les artistes n’ont pas cherché à faire de la musique pour enfant. Et c’est ce qui fait la réussite de Georgia, visiblement conçu sans autre intention que d’être bien.

Georgia, Tous mes rêves chantent, un conte musical écrit par Timothée de Fombelle, illustré par Benjamin Chaud, raconté par Cécile de France, une production imaginée et réalisée par l’Ensemble Contraste, Gallimard jeunesse musique, 24,90€

Projet en soutien à l’association SOS Villages d’enfants, avec la participation d’Anny Duperey, marraine de l’association

Ca change tout!

Les mots de Cathy Ytak, les illustrations de Daniela Tieni décrivent l’amour naissant entre Camille et Baptiste. Entre tendresse et battements de cœur, échanges de mots et de cadeaux, cet amour sonne naturel, évident. Lorsque l’auteur livre, à la fin de l’album, cette information supplémentaire que Camille est un garçon, on doit avouer n’y avoir pas pensé, on parcourt à nouveau les pages, on vérifie, on constate : oui, c’est toujours aussi évident.

Ça change tout !, Cathy Ytak, Daniela Tieni, L’atelier du poisson soluble, 16€

Lulla dans la lune, Gigi Bigot

C’est sûrement son étonnant naturel qui emmène la voix de Gigi Bigot tout droit aux oreilles des petits. Sans tics à la mode, sans intention de plaire, cette voix reconnaissable entre toutes raconte les histoires à merveille. Le débit, les variations de rythmes, les intonations font de Gigi Bigot la meilleure interprète de ses propres histoires. Et la sobre participation de l’accordéon s’adapte parfaitement à cette situation de racontage. On y rencontre Lulla, jeune fille toujours dans la lune, qui invente des rêves. Les histoires s’imbriquent, les rêves rejoignent la réalité… en tout cas celle du conte.

En connivence avec cette voix, l’auditeur se laisse aller, à la lecture-écoute de Lulla dans la lune, à la fabrication d’images de taureaux bleus, de chiens goulus, d’ogres passionnés. Au bout du conte, on se sent rassasié.

Lulla dans la lune, Gigi Bigot, illustrations Mathieu Desailly, musiques Ronan Robert, atelier Baie toutatrac, livre-CD à partir de 5 ans.

zoom

La petite boîte, Eric Battut

Eric Battut est un adepte des petits personnages. Si petits soient-ils, c’est autour d’eux que gravitent un décor et une histoire. Ils s’animent sous le pinceau de l’illustrateur, comme s’animent les personnages manipulés par les enfants dans leurs jeux d’imagination. Rien n’existe plus alors que ce monde imaginaire, qui prend corps grâce à ce petit personnage tenu entre les doigts. La petitesse ne constitue-t-elle pas d’ailleurs un élément déclencheur d’imagination ?

En bleu, jaune, rouge, le personnage qu’Éric Battut met en scène ici est petit, mais il est roi. Preuve que ce n’est pas antinomique. Depuis sa chevauchée vers le château, jusqu’à son coucher, ce petit roi ne quitte pas sa petite boîte. Avec un texte qui chante, le contenu de la petite boite est questionné, à chaque double-page. Le récit avance, simplement,  gaiement, jusqu’à la révélation finale du contenu, un énorme doudou. Le petit lecteur, qui, sous de nombreux aspects, se considère bien un peu comme un roi, peut s’identifier à ce personnage qui retrouve, après ses aventures quotidiennes, le confort de son lit et la douceur de son doudou qui n’était jamais bien loin. Mine de rien, l’album d’Eric Battut parle aux petits de leur identité, de leur vie, de leurs émotions.

Et voici comment le simple se révèle efficace, et voici comment le petit prend une dimension majeure.

La petite boîte, Eric Battut, Didier jeunesse, 12,90€

La Commune

Le duo avait déjà produit un formidable Nous, notre histoire qui parcourait 150000 ans d’humanité. Sans mention de personnage historique, le documentaire historique se penchait sur l’Histoire des peuples, une histoire pas seulement occidentale, mais terrestre.

Dans ce documentaire, Christophe Ylla-Somers et Yvan Pommaux se centrent sur Paris et son épisode utopique et sanglant de La Commune. Si l’épisode est situé géographiquement, si de grandes personnalités apparaissent, c’est ici encore le peuple qui est dépeint comme acteur de l’Histoire, un peuple vibrant, rempli d’ambitions, aspirant à la démocratie, à l’égalité, à l’éducation.

« Dans cette société rêvée, on aurait placé la réussite collective au-dessus de l’individuelle, éloigné les croyances et les religions au profit de la science et du progrès, méprisé l’avidité, l’enrichissement personnel forcené… »

Par ceux qui n’avaient pas intérêt à le voir éclore, le rêve a été sauvagement écrasé avant de pouvoir devenir réalité. Mais les idéaux demeurent… le souffle de Victor Hugo, Louise Michel, et de tous ceux qui les ont portés, nous parviennent heureusement encore.

Trois autres titres inaugurent la nouvelle collection de documentaires de l’école des loisirs : Le Moyen Age, La Révolution française, Louis XIV.

La Commune, Christophe Ylla-Somers et Yvan Pommaux, collection Grandes images de l’Histoire, l’école des loisirs, 11,80€

La fée sorcière

Du rose, beaucoup de rose, des fées, beaucoup de fées…

« – Et des paillettes ? », commence à se réjouir l’adulte bien intentionné qui pense avoir trouvé ce qu’il cherchait pour la petite fille à qui il souhaite offrir un livre… Un livre qui lui fasse plaisir, qui lui corresponde, elle qui aime tant le rose, les fées, les princesses, la Reine des neiges, etc.

Non, pas de paillettes, mais de la nuance, beaucoup de nuance…

C’est justement dans son exploitation de la couleur rose et dans la présentation de son personnage principal, une fée sorcière, que cet album est l’anti-album pour fifilles.

Car le rose est nuancé et subtil, et l’identité du personnage féminin est présentée dans sa complexité : ni tout à fait fée, ni tout à fait sorcière.

C’est ainsi que le petit garçon – a priori réticent – à qui j’ai lu l’histoire s’est trouvé happé et emballé par cette histoire d’affirmation de soi. Avec des proportions variées de masculin et de féminin, nous sommes tous un peu fée et un peu sorcière.

La fée sorcière

La fée sorcière, Brigitte Minne, Carll Cneut, Pastel, 16€

Nos plus grands rêves

Dans la lignée des grands albums à portée philosophique – La grande question, de Wolf Erlbruch, Nuit d’orage de Michèle Lemieux -, voici Nos plus grands rêves.

L’auteur Przemyslaw Wechterowicz a constitué un répertoire de rêves. De la chouette à la cheminée, du vent aux talons aiguilles, chaque personnage est invité à exprimer le sien. Immenses, fous, insolites, ces rêves se déploient sous la plume de la talentueuse illustratrice polonaise Marta Ignerska. Ils foisonnent, coulent et débordent, forment un tourbillon qui emporte le lecteur pour qu’il puisse à son tour oser formuler son plus grand rêve.

Przemyslaw Wechterowicz, Marta Ignerska, Nos plus grands rêves, éditions format, 18,90€

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Emile Bravo, Les épatantes aventures de Jules

La saga est parue entre 1999 et 2011. Les 6 tomes composent une série passionnante, édifiante et humaniste, aux scenarii intelligents. Chaque aventure, pleine d’humour et de rebondissements, traite de questions importantes : les fratries, les origines, l’écologie, etc. Le réalisme fait bon ménage avec la science-fiction. Convoqués avec un naturel désarmant, les extraterrestres, les voyages intergalactiques et les nouvelles trouvailles scientifiques permettent au lecteur de prendre un peu de recul sur la vie sur Terre.

  1. L’Imparfait du futur, 1999
  2. La Réplique inattendue, 2001
  3. Presque enterrés, 2002
  4. Un départ précipité, 2003
  5. La Question du père, 2006
  6. Un plan sur la comète, 2011

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Emile Bravo, Dargaud, chaque tome 11,99€

 

Koi ke bzzz? Carson Ellis

Le langage n’est jamais aussi jubilatoire que lorsqu’il est digressif. Il n’est jamais aussi digressif que lorsqu’il est inventé. Cet album passionnant est rédigé en parler insecte. Et le lecteur, même s’il ne parle pas couramment cette langue, se réjouit de comprendre ce qui se joue parmi ces petits animaux. Adjoints aux images limpides et poétiques, le texte est d’une finesse et d’un humour remarquables !

L’album – une découverte – nous démontre que comprendre n’est pas forcément mettre du sens dans les mots. Ici, en suivant les images et le langage inventé, on est à même de suivre les palpitantes aventures qui se déroulent autour de la naissance d’une pousse. Je dirais même plus : l’absence d’un discours clairement compréhensible à nos oreilles nous oblige à prendre du recul sur notre activité de lecteur, et à entrer plus loin dans l’interprétation.

Koi ke bzzz ?, Carson Ellis, Hélium, 15,90€

Trois titres pour faire vivre le gaga

« Ah bon ? » me dit l’enfant, feuilletant à mes côtés l’imagier des mots de Saint-Etienne, « faire un gâté, c’est stéphanois ? débarouler aussi ? et beauseigne ?! C’est dingue, on ne les utilise pas dans d’autres régions ? » Ces jolis mots sont tellement utiles et colorés qu’ils nous manqueraient s’ils n’existaient pas.

Dans le disque Les chansons du grand coissou, Gil Chovet, qui connaît et défend leur saveur, a créé de belles chansons tendres et drôles à partir, pour chacune d’elles, d’un mot gaga choisi.

Dans Les trois petits caillons du Pilat, Jean-Lou Vivier raconte, en gaga stéphanois, le célèbre conte des trois petits cochons. C’est drôle, mais c’est aussi attendrissant. Ces mots ancrés dans un passé local réjouissent les oreilles et les cœurs. On se sent partie prenante d’un lieu et d’une histoire.

Les trois petits caillons du Pilat, Jean-Lou Vivier

Les dix gagas, Mon premier imagier des jolis mots de Saint-Etienne, Jean-Lou Vivier, Armelle Drouin

Gil Chovet, Les chansons du Grand Coissou et Un tout petit peu très bien, autoproduction 2015