Archives pour la catégorie Critiques

La petite boîte, Eric Battut

Eric Battut est un adepte des petits personnages. Si petits soient-ils, c’est autour d’eux que gravitent un décor et une histoire. Ils s’animent sous le pinceau de l’illustrateur, comme s’animent les personnages manipulés par les enfants dans leurs jeux d’imagination. Rien n’existe plus alors que ce monde imaginaire, qui prend corps grâce à ce petit personnage tenu entre les doigts. La petitesse ne constitue-t-elle pas d’ailleurs un élément déclencheur d’imagination ?

En bleu, jaune, rouge, le personnage qu’Éric Battut met en scène ici est petit, mais il est roi. Preuve que ce n’est pas antinomique. Depuis sa chevauchée vers le château, jusqu’à son coucher, ce petit roi ne quitte pas sa petite boîte. Avec un texte qui chante, le contenu de la petite boite est questionné, à chaque double-page. Le récit avance, simplement,  gaiement, jusqu’à la révélation finale du contenu, un énorme doudou. Le petit lecteur, qui, sous de nombreux aspects, se considère bien un peu comme un roi, peut s’identifier à ce personnage qui retrouve, après ses aventures quotidiennes, le confort de son lit et la douceur de son doudou qui n’était jamais bien loin. Mine de rien, l’album d’Eric Battut parle aux petits de leur identité, de leur vie, de leurs émotions.

Et voici comment le simple se révèle efficace, et voici comment le petit prend une dimension majeure.

La petite boîte, Eric Battut, Didier jeunesse, 12,90€

La Commune

Le duo avait déjà produit un formidable Nous, notre histoire qui parcourait 150000 ans d’humanité. Sans mention de personnage historique, le documentaire historique se penchait sur l’Histoire des peuples, une histoire pas seulement occidentale, mais terrestre.

Dans ce documentaire, Christophe Ylla-Somers et Yvan Pommaux se centrent sur Paris et son épisode utopique et sanglant de La Commune. Si l’épisode est situé géographiquement, si de grandes personnalités apparaissent, c’est ici encore le peuple qui est dépeint comme acteur de l’Histoire, un peuple vibrant, rempli d’ambitions, aspirant à la démocratie, à l’égalité, à l’éducation.

« Dans cette société rêvée, on aurait placé la réussite collective au-dessus de l’individuelle, éloigné les croyances et les religions au profit de la science et du progrès, méprisé l’avidité, l’enrichissement personnel forcené… »

Par ceux qui n’avaient pas intérêt à le voir éclore, le rêve a été sauvagement écrasé avant de pouvoir devenir réalité. Mais les idéaux demeurent… le souffle de Victor Hugo, Louise Michel, et de tous ceux qui les ont portés, nous parviennent heureusement encore.

Trois autres titres inaugurent la nouvelle collection de documentaires de l’école des loisirs : Le Moyen Age, La Révolution française, Louis XIV.

La Commune, Christophe Ylla-Somers et Yvan Pommaux, collection Grandes images de l’Histoire, l’école des loisirs, 11,80€

La fée sorcière

Du rose, beaucoup de rose, des fées, beaucoup de fées…

« – Et des paillettes ? », commence à se réjouir l’adulte bien intentionné qui pense avoir trouvé ce qu’il cherchait pour la petite fille à qui il souhaite offrir un livre… Un livre qui lui fasse plaisir, qui lui corresponde, elle qui aime tant le rose, les fées, les princesses, la Reine des neiges, etc.

Non, pas de paillettes, mais de la nuance, beaucoup de nuance…

C’est justement dans son exploitation de la couleur rose et dans la présentation de son personnage principal, une fée sorcière, que cet album est l’anti-album pour fifilles.

Car le rose est nuancé et subtil, et l’identité du personnage féminin est présentée dans sa complexité : ni tout à fait fée, ni tout à fait sorcière.

C’est ainsi que le petit garçon – a priori réticent – à qui j’ai lu l’histoire s’est trouvé happé et emballé par cette histoire d’affirmation de soi. Avec des proportions variées de masculin et de féminin, nous sommes tous un peu fée et un peu sorcière.

La fée sorcière

La fée sorcière, Brigitte Minne, Carll Cneut, Pastel, 16€

Nos plus grands rêves

Dans la lignée des grands albums à portée philosophique – La grande question, de Wolf Erlbruch, Nuit d’orage de Michèle Lemieux -, voici Nos plus grands rêves.

L’auteur Przemyslaw Wechterowicz a constitué un répertoire de rêves. De la chouette à la cheminée, du vent aux talons aiguilles, chaque personnage est invité à exprimer le sien. Immenses, fous, insolites, ces rêves se déploient sous la plume de la talentueuse illustratrice polonaise Marta Ignerska. Ils foisonnent, coulent et débordent, forment un tourbillon qui emporte le lecteur pour qu’il puisse à son tour oser formuler son plus grand rêve.

Przemyslaw Wechterowicz, Marta Ignerska, Nos plus grands rêves, éditions format, 18,90€

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Emile Bravo, Les épatantes aventures de Jules

La saga est parue entre 1999 et 2011. Les 6 tomes composent une série passionnante, édifiante et humaniste, aux scenarii intelligents. Chaque aventure, pleine d’humour et de rebondissements, traite de questions importantes : les fratries, les origines, l’écologie, etc. Le réalisme fait bon ménage avec la science-fiction. Convoqués avec un naturel désarmant, les extraterrestres, les voyages intergalactiques et les nouvelles trouvailles scientifiques permettent au lecteur de prendre un peu de recul sur la vie sur Terre.

  1. L’Imparfait du futur, 1999
  2. La Réplique inattendue, 2001
  3. Presque enterrés, 2002
  4. Un départ précipité, 2003
  5. La Question du père, 2006
  6. Un plan sur la comète, 2011

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Emile Bravo, Dargaud, chaque tome 11,99€

 

Koi ke bzzz? Carson Ellis

Le langage n’est jamais aussi jubilatoire que lorsqu’il est digressif. Il n’est jamais aussi digressif que lorsqu’il est inventé. Cet album passionnant est rédigé en parler insecte. Et le lecteur, même s’il ne parle pas couramment cette langue, se réjouit de comprendre ce qui se joue parmi ces petits animaux. Adjoints aux images limpides et poétiques, le texte est d’une finesse et d’un humour remarquables !

L’album – une découverte – nous démontre que comprendre n’est pas forcément mettre du sens dans les mots. Ici, en suivant les images et le langage inventé, on est à même de suivre les palpitantes aventures qui se déroulent autour de la naissance d’une pousse. Je dirais même plus : l’absence d’un discours clairement compréhensible à nos oreilles nous oblige à prendre du recul sur notre activité de lecteur, et à entrer plus loin dans l’interprétation.

Koi ke bzzz ?, Carson Ellis, Hélium, 15,90€

Trois titres pour faire vivre le gaga

« Ah bon ? » me dit l’enfant, feuilletant à mes côtés l’imagier des mots de Saint-Etienne, « faire un gâté, c’est stéphanois ? débarouler aussi ? et beauseigne ?! C’est dingue, on ne les utilise pas dans d’autres régions ? » Ces jolis mots sont tellement utiles et colorés qu’ils nous manqueraient s’ils n’existaient pas.

Dans le disque Les chansons du grand coissou, Gil Chovet, qui connaît et défend leur saveur, a créé de belles chansons tendres et drôles à partir, pour chacune d’elles, d’un mot gaga choisi.

Dans Les trois petits caillons du Pilat, Jean-Lou Vivier raconte, en gaga stéphanois, le célèbre conte des trois petits cochons. C’est drôle, mais c’est aussi attendrissant. Ces mots ancrés dans un passé local réjouissent les oreilles et les cœurs. On se sent partie prenante d’un lieu et d’une histoire.

Les trois petits caillons du Pilat, Jean-Lou Vivier

Les dix gagas, Mon premier imagier des jolis mots de Saint-Etienne, Jean-Lou Vivier, Armelle Drouin

Gil Chovet, Les chansons du Grand Coissou et Un tout petit peu très bien, autoproduction 2015

Bonne journée / Bonne continuation, Olivier Tallec

Il ne faut se fier ni aux titres gentillets, ni au nom du grand illustrateur qu’on associe à l’édition pour la jeunesse. Bonne continuation et Bonne journée sont des recueils de dessins d’humour toujours très fin, parfois caustique, parfois un peu cruel.

On profitera donc de ces géniales illustrations sans trop laisser traîner les albums entre toutes les pattes. Certaines images de girafe décapitée, de chèvre embrochée sont à réserver à des cœurs bien accrochés !

A la lecture de la courte réplique qui l’accompagne, le dessin d’Olivier Tallec prend tout son sens, laisse l’imagination faire son œuvre… et convoque l’éclat de rire. Olivier Tallec continue à nous montrer l’étendue de son talent.

Olivier Tallec, Bonne journée, bonne continuation, Rue de Sèvres, 14€

 

Bulle et Bob se déguisent

J’ai mis le disque dans le lecteur, me suis posée sur le canapé et ai ouvert le livre et mes oreilles. Avant cela, j’étais dores et déjà acquise à la cause, sûre de passer un moment douillet et précieux avec Bulle, Bob, Ilya, Gilles et Natalie. Mais je n’avais pas prévu les larmes…

Le nouvel opus de Bulle et Bob, comme les précédents, fait vivre une situation quotidienne, a priori banale d’un frère et d’une sœur. Que ce soit sur la plage, dans le jardin, dans la cuisine, le jeu qui surgit est tout sauf banal, tant le pouvoir d’imagination est fort, tant le monde intérieur qui se construit est riche. Bulle et Bob se déguisent, sixième de la série, a la chaleur et la gaieté des précédents. Il a en plus une profondeur, due à la présence-absence d’un formidable papi, qui plonge l’auditeur dans une bulle de tendresse-tristesse.

En écoutant ce nouvel opus, j’ai eu une vision pré-nostalgique – si l’on peut dire. J’ai pris conscience que cette série serait pour toujours marquée du souvenir nostalgique de la petite enfance de mes enfants. En attendant qu’ils grandissent, profitons de Bulle et Bob, écoutons donc ces futurs souvenirs.

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Bulle et Bob se déguisent, Natalie Tual, Gilles Belouin, Ilya Green, Didier jeunesse, 17,70€

ClaireD