Archives pour la catégorie Critiques

Socrate, un homme dangereux

Ecrire un ouvrage de vulgarisation sur la vie et la pensée de Socrate est ambitieux et courageux. C’est parce qu’il connaît son sujet et y met visiblement beaucoup de passion que Christopher Bouix réussit ce pari. On voit évoluer Socrate dans l’Athène de Périclès, on le voit partir à la guerre, se former à la philosophie, on le voit dialoguer encore et toujours, côtoyer Alcibiade, Aristophane et autres grands noms de cette période sur laquelle on apprend énormément. Plus on avance dans la lecture, avec plaisir, plus Socrate se rapproche, devient notre compagnon. Philosopher comme Socrate, oui, c’est convaincant, ça peut être ici et maintenant.

Socrate, un homme dangereux, Christopher Bouix, école des loisirs, Médium +, 16,50€

Neverland, Timothée de Fombelle

Le premier livre adulte de Timothée de Fombelle? Vraiment? Cette affirmation est peut-être vendeuse mais elle mérite d’être nuancée.

Certes, Timothée de Fombelle s’adresse avec Neverland à un lectorat adulte, mais il s’adresse surtout à l’enfant que l’adulte a été, à ce noyau qui le constitue. La réalité éditoriale est souvent trop binaire.

Certes, Timothée de Fombelle propose ici une réflexion littéraire à hauteur d’adulte, mais dans la continuité de ses ouvrages précédents : quête, voyage, initiation sont au coeur de l’ouvrage. Et dans le dialogue entre ses oeuvres, la magie Timothée se dévoile un peu.

Ceux qui connaissent l’écriture de Timothée de Fombelle trouvent ainsi à la lecture de Neverland une confirmation de ce qu’ils savent déjà : l’auteur est en très grande connivence avec l’enfant que, comme chacun de nous, il porte en lui. On ne s’étonne donc pas mais on admire – ô combien on admire – une nouvelle fois la prodigieuse sensibilité qui affleure à chaque phrase. On voudrait devenir Timothée et savoir exprimer avec autant de justesse ces souvenirs, ces sensations, ces trésors de l’enfance.

https://pativore.files.wordpress.com/2017/09/neverland.jpg

Neverland, Timothée de Fombelle, éditions L’iconoclaste, 16€

Questions idiotes, Philippe Corentin

Pourquoi ce livre? Qu’est-ce qu’il raconte? Il est drôle? Autant de questions idiotes. C’est Philippe Corentin qui régale et l’image de couverture est suffisamment parlante :

Mais parce qu’on ne peut pas s’empêcher, parfois, de donner quand même une réponse :

oui, ce livre est déja paru, il y a bien longtemps, en 1984, chez Rivages,

j’ai d’ailleurs une petite préférence pour la couverture d’autrefois :

Questions idiotes, Philippe Corentin, Ecole des loisirs, 10€, à partir de 6 ans et jusqu’à toujours, ma foi.

T’arracher, Claudine Desmarteau

Avec une intensité qui ne peut qu’être celle d’une adolescente, entière, extrême, Lou souffre de chagrin d’amour. Mentalement, physiquement, elle n’est occupée que par l’absence de celui qu’elle appelle Toi. Tout ce qui constitue sa vie, en famille, au lycée, en pâtit. La Terminale, les DM, le bac, les voeux APB ont bien peu d’importance pour Lou qui tente d’oublier, de sortir de son addiction pour ce type dans les bringues avec joints, alcool et sexe. Au fil des pages, on la verra remonter doucement la pente, trouver sa voie.

T'arracher

T’arracher, Claudine Desmarteau, éditions Thierry Magnier, 13,80€

Inséparables, Sarah Crossan

Inséparables est inlâchable : aussitôt commencée la lecture, tu ne voudras et ne pourras plus l’arrêter, quitte à grignoter sur tes heures de sommeil, quitte à retarder une autre activité, définitivement moins essentielle.

Inséparables est inoubliable : l’histoire de Grace et Tippi, soeurs siamoises entrant au lycée, est contée avec douceur, poésie, pudeur et sincérité.

Inséparables est traduit par Clémentine Beauvais : eh oui, traduire aussi, elle sait faire.

Inséparables est un roman en vers libres : comme pour Songe à la douceur, de la susnommée Clémentine Beauvais, cette forme rend la lecture incroyablement limpide.

Sans voyeurisme, Sarah Crossan aborde un sujet fort, en embrassant d’autres thèmes profonds. Ses personnages, ses héroïnes, mais aussi ceux qui gravitent autour, sont touchants de vérité et d’humanité.

Inséparables, Sarah Crossan, traduit de l’anglais par Clémentine Beauvais, Rageot, 14,90€, à partir de 13 ans

Tout près le bout du monde, Maud Lethielleux

Les pages de trois journaux intimes se succèdent, nous dévoilant progressivement le passé et les sentiments de leurs trois auteurs cabossés par la vie, Malo, Jul et Solam. L’écriture régulière fait partie du projet qui les réunit. Tous trois ont en effet été placés par les services sociaux dans cette ferme du bout du monde, chez Marlène, pour faire une pause, se reconstruire. Outre le projet de retaper la grange, ils doivent aussi consigner leurs pensées sur un cahier.

Malo rêve de revenir habiter avec Cynthia, et se débat avec ses problèmes intestinaux. Jul, l’anorexique, est blessée d’amour physiquement et moralement. Solam crache sa haine mais ne cache pas longtemps sa sensibilité et sa générosité. Marlène, qui n’apparaît que dans les écrits des adolescents et se révèle également bien peu épargnée par la vie, se fait discrète, laisse le temps à chacun d’évoluer, accompagne d’un geste, d’un regard, d’une parole ou de silences ces êtres qui, tant bien que mal, tracent finalement leur route.

Assez déroutant au départ, le livre devient au fil de la lecture de plus en plus passionnant. Et l’on en arrive à regretter qu’il se termine. Fermer ce roman, c’est aussi accepter de laisser les trois héros auxquels on s’est terriblement attaché vivre leur vie.

Tout près, le bout du monde par Lethielleux

Tout près le bout du monde, Maud Lethielleux, Flammarion, 10,50€

Chaussette, Loïc Clément, Anne Montel

Et c’est parti ! Le duo formé par Loïc Clément et Anne Montel nous emmène dans l’univers de Chaussette, que son petit voisin, fin observateur et narrateur, nous apprend à apprécier. On se délecte de cette histoire simple comme la vie minutieusement réglée de Chaussette avec son chien, on suit l’enquête menée par son voisin Merlin, on savoure les détails fournis par les images. De cette lecture, en apparence paisible comme une petite ville de province, surgissent des sentiments nostalgiques, empathiques, des questionnements.

Chaussette, Loïc Clément, Anne Montel, Delcourt, 11€

Bestiaire transgénique, Julie Lannes

Attention, ce n’est pas de la science-fiction!

L’album présente des animaux génétiquement modifiés par l’introduction de gênes étrangers.  Il rapporte, par exemple, une expérience scientifique ayant donné naissance à des moutons fluorescents sous la lumière ultraviolette, parce qu’on a réussi à introduire dans leur ADN le gène d’une méduse. L’illustratrice Julie Lannes propose sa version imaginaire des animaux transgéniques ainsi créés. La précision de l’information scientifique, de la mise en page et du trait a un effet glaçant. Certes, ces expérimentations orientées surtout vers la recherche médicale suscitent l’admiration, mais elles effraient aussi… Quand la science se rapproche de la fiction, les questions surviennent.

BESTIAIRE TRANSGENIQUE.jpg

Bestiaire transgénique, Julie Lannes, L’atelier du poisson soluble, 17€

Pic pique-nique

Inconditionnelle de Rotraut Susanne Berner, je ne suis une nouvelle fois pas déçue! L’auteure-illustratrice est tellement douée pour faire vivre à ses personnages anthropomorphes des situations simples dans lesquelles on se reconnait tous.

Il y a celle qui est partante et motivée, et celle qui traîne la patte.

La poule noire s’enthousiasme à l’idée d’un pique-nique mais la poule blanche trouve mille et un prétextes pour ne rien entreprendre.

Et au final, qui donc est la plus enthousiaste?

Pic pique-nique

Pic pique-nique, Rotraut Susanne Berner, La joie de lire

Georgia, Tous mes rêves chantent

Une foule d’artistes est réunie dans ce livre-CD, et cette foule n’est pas éparpillée puisqu’elle est tenue, durant l’heure d’écoute, par un texte de Timothée de Fombelle qui les fédère et les illustrations de Benjamin Chaud qui les unit. Le fil, c’est en effet l’histoire de Georgia, star de la chanson, qui livre son histoire et son secret. Tour à tour, Alain Chamfort, Pauline Croze, Albin de la Simone, Rosemary Standley, Florian Laconi, etc., interviennent en chanson, colorant l’histoire de leur timbre, de leur style. Porté par l’Ensemble Contraste, le projet a eu le souci de mêler les talents du classique, du jazz, de la pop.

Ce qui ressort, ce qui est audible, c’est le fait que les artistes n’ont pas cherché à faire de la musique pour enfant. Et c’est ce qui fait la réussite de Georgia, visiblement conçu sans autre intention que d’être bien.

Georgia, Tous mes rêves chantent, un conte musical écrit par Timothée de Fombelle, illustré par Benjamin Chaud, raconté par Cécile de France, une production imaginée et réalisée par l’Ensemble Contraste, Gallimard jeunesse musique, 24,90€

Projet en soutien à l’association SOS Villages d’enfants, avec la participation d’Anny Duperey, marraine de l’association