A table, Président!

En attendant le bus, en buvant un café, pour faire une courte pause, à lire pour soi ou à voix haute, les livres de la collection « petite poche » chez Thierry Magnier sont adaptés à toutes sortes de situations. Mini-romans-nouvelles pour les lecteurs à partir de 7 ans, percutants, drôles, émouvants, ces textes font apprécier la forme courte. Regroupant plus de 130 titres, il y en a bien entendu pour tous les genres et tous les goûts.

Celui qui retient notre attention à J-3, c’est A table, Président !, de Yann Mens. La famille Toucouleur a été tirée au sort pour recevoir le Président et son épouse à dîner. Le si poli et bien élevé Président va se trouver en mauvaise posture. La lecture de ce texte bien tourné est un bon moyen d’attaquer le weekend électoral avec humour et recul.

La petite boîte, Eric Battut

Eric Battut est un adepte des petits personnages. Si petits soient-ils, c’est autour d’eux que gravitent un décor et une histoire. Ils s’animent sous le pinceau de l’illustrateur, comme s’animent les personnages manipulés par les enfants dans leurs jeux d’imagination. Rien n’existe plus alors que ce monde imaginaire, qui prend corps grâce à ce petit personnage tenu entre les doigts. La petitesse ne constitue-t-elle pas d’ailleurs un élément déclencheur d’imagination ?

En bleu, jaune, rouge, le personnage qu’Éric Battut met en scène ici est petit, mais il est roi. Preuve que ce n’est pas antinomique. Depuis sa chevauchée vers le château, jusqu’à son coucher, ce petit roi ne quitte pas sa petite boîte. Avec un texte qui chante, le contenu de la petite boite est questionné, à chaque double-page. Le récit avance, simplement,  gaiement, jusqu’à la révélation finale du contenu, un énorme doudou. Le petit lecteur, qui, sous de nombreux aspects, se considère bien un peu comme un roi, peut s’identifier à ce personnage qui retrouve, après ses aventures quotidiennes, le confort de son lit et la douceur de son doudou qui n’était jamais bien loin. Mine de rien, l’album d’Eric Battut parle aux petits de leur identité, de leur vie, de leurs émotions.

Et voici comment le simple se révèle efficace, et voici comment le petit prend une dimension majeure.

La petite boîte, Eric Battut, Didier jeunesse, 12,90€

La Commune

Le duo avait déjà produit un formidable Nous, notre histoire qui parcourait 150000 ans d’humanité. Sans mention de personnage historique, le documentaire historique se penchait sur l’Histoire des peuples, une histoire pas seulement occidentale, mais terrestre.

Dans ce documentaire, Christophe Ylla-Somers et Yvan Pommaux se centrent sur Paris et son épisode utopique et sanglant de La Commune. Si l’épisode est situé géographiquement, si de grandes personnalités apparaissent, c’est ici encore le peuple qui est dépeint comme acteur de l’Histoire, un peuple vibrant, rempli d’ambitions, aspirant à la démocratie, à l’égalité, à l’éducation.

« Dans cette société rêvée, on aurait placé la réussite collective au-dessus de l’individuelle, éloigné les croyances et les religions au profit de la science et du progrès, méprisé l’avidité, l’enrichissement personnel forcené… »

Par ceux qui n’avaient pas intérêt à le voir éclore, le rêve a été sauvagement écrasé avant de pouvoir devenir réalité. Mais les idéaux demeurent… le souffle de Victor Hugo, Louise Michel, et de tous ceux qui les ont portés, nous parviennent heureusement encore.

Trois autres titres inaugurent la nouvelle collection de documentaires de l’école des loisirs : Le Moyen Age, La Révolution française, Louis XIV.

La Commune, Christophe Ylla-Somers et Yvan Pommaux, collection Grandes images de l’Histoire, l’école des loisirs, 11,80€

La fée sorcière

Du rose, beaucoup de rose, des fées, beaucoup de fées…

« – Et des paillettes ? », commence à se réjouir l’adulte bien intentionné qui pense avoir trouvé ce qu’il cherchait pour la petite fille à qui il souhaite offrir un livre… Un livre qui lui fasse plaisir, qui lui corresponde, elle qui aime tant le rose, les fées, les princesses, la Reine des neiges, etc.

Non, pas de paillettes, mais de la nuance, beaucoup de nuance…

C’est justement dans son exploitation de la couleur rose et dans la présentation de son personnage principal, une fée sorcière, que cet album est l’anti-album pour fifilles.

Car le rose est nuancé et subtil, et l’identité du personnage féminin est présentée dans sa complexité : ni tout à fait fée, ni tout à fait sorcière.

C’est ainsi que le petit garçon – a priori réticent – à qui j’ai lu l’histoire s’est trouvé happé et emballé par cette histoire d’affirmation de soi. Avec des proportions variées de masculin et de féminin, nous sommes tous un peu fée et un peu sorcière.

La fée sorcière

La fée sorcière, Brigitte Minne, Carll Cneut, Pastel, 16€

Grand Loup et Petit Loup

Deux talents – Nadine Brun-Cosme au texte, Olivier Tallec aux images – signent ce classique, cette puissante histoire d’adoption mutuelle. Petit Loup apparaît dans la vie de Grand Loup, et tout change.

Toute la complexité de l’attachement naissant est rendue, avec un texte pourtant simple et limpide, et des illustrations douces et lumineuses. Grand Loup passe de l’agacement attendri face à cet intrus qui tente de l’imiter, au sentiment de manque lorsque Petit Loup disparaît un jour de son quotidien.

Oui, l’album dépeint le manque, ce manque caractéristique qu’on pourrait résumer ainsi : avant de te connaître, je ne savais pas que tu me manquais. Avant de rencontrer Petit Loup, Grand Loup ignore en effet le manque. Après la rencontre, l’absence de ce petit s’accompagne du souhait de sa présence. L’album fait vivre le lien, fait ressentir l’amour.

Grand Loup et Petit Loup, Nadine Brun-Cosme, Olivier Tallec, Père Castor, 2005, 13,50€

Nos plus grands rêves

Dans la lignée des grands albums à portée philosophique – La grande question, de Wolf Erlbruch, Nuit d’orage de Michèle Lemieux -, voici Nos plus grands rêves.

L’auteur Przemyslaw Wechterowicz a constitué un répertoire de rêves. De la chouette à la cheminée, du vent aux talons aiguilles, chaque personnage est invité à exprimer le sien. Immenses, fous, insolites, ces rêves se déploient sous la plume de la talentueuse illustratrice polonaise Marta Ignerska. Ils foisonnent, coulent et débordent, forment un tourbillon qui emporte le lecteur pour qu’il puisse à son tour oser formuler son plus grand rêve.

Przemyslaw Wechterowicz, Marta Ignerska, Nos plus grands rêves, éditions format, 18,90€

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La piscine magique, Carl Norac, Clothilde Delacroix

Un album réjouissant, qui donne lieu à un concours pour fêter sa sortie!

La piscine du roi est vraiment magique. Ses invités n’ont qu’à formuler un vœu et ils plongent dans l’élément choisi.

livre-drole-amusant-pour-enfant

Didier jeunesse organise un concours de dessin à partir de 5 ans.

Il s’agit d’imaginer un nouvel animal et d’exaucer son vœu.

Le dessin est à envoyer avant le 18 mars.

Toutes les infos sont ici.

Emile Bravo, Les épatantes aventures de Jules

La saga est parue entre 1999 et 2011. Les 6 tomes composent une série passionnante, édifiante et humaniste, aux scenarii intelligents. Chaque aventure, pleine d’humour et de rebondissements, traite de questions importantes : les fratries, les origines, l’écologie, etc. Le réalisme fait bon ménage avec la science-fiction. Convoqués avec un naturel désarmant, les extraterrestres, les voyages intergalactiques et les nouvelles trouvailles scientifiques permettent au lecteur de prendre un peu de recul sur la vie sur Terre.

  1. L’Imparfait du futur, 1999
  2. La Réplique inattendue, 2001
  3. Presque enterrés, 2002
  4. Un départ précipité, 2003
  5. La Question du père, 2006
  6. Un plan sur la comète, 2011

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Emile Bravo, Dargaud, chaque tome 11,99€

 

Devine combien je t’aime

C’est le soir. L’enfant, avant de poser sa tête sur l’oreiller, veut une histoire. L’adulte ne se fait pas prier, il sait comme c’est important. Ce soir, ce sera Devine combien je t’aime.

LE livre-lien.

Pas le pop-up, qui distrait les mains et casse la parfaite fluidité du texte et des images. Non, l’album, dans sa version initiale, l’album qui, au rythme de la tourne de page, dans le calme du texte et des images, fait monter l’émotion.

Serrés l’un contre l’autre, l’enfant et l’adulte vont immanquablement s’identifier aux deux personnages. Un grand lièvre, un petit lièvre : papa, maman, fils, fille, chacun s’y retrouvera. Et les mots du texte, en sortant de la bouche de l’adulte lecteur, deviendront ses mots à lui.

Comment dire l’amour, comment partager des émotions fortes, comment sentir le lien unique qui attache le parent et l’enfant ?

Avec Devine combien je t’aime.

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Sam McBratney, Anita Jeram, école des loisirs, Pastel, 12,20€, Lutin, 5€

Koi ke bzzz? Carson Ellis

Le langage n’est jamais aussi jubilatoire que lorsqu’il est digressif. Il n’est jamais aussi digressif que lorsqu’il est inventé. Cet album passionnant est rédigé en parler insecte. Et le lecteur, même s’il ne parle pas couramment cette langue, se réjouit de comprendre ce qui se joue parmi ces petits animaux. Adjoints aux images limpides et poétiques, le texte est d’une finesse et d’un humour remarquables !

L’album – une découverte – nous démontre que comprendre n’est pas forcément mettre du sens dans les mots. Ici, en suivant les images et le langage inventé, on est à même de suivre les palpitantes aventures qui se déroulent autour de la naissance d’une pousse. Je dirais même plus : l’absence d’un discours clairement compréhensible à nos oreilles nous oblige à prendre du recul sur notre activité de lecteur, et à entrer plus loin dans l’interprétation.

Koi ke bzzz ?, Carson Ellis, Hélium, 15,90€