Un auteur-illustrateur: Adrien Albert

Il y a d’abord eu  SEIGNEUR DES LAPINS  puis  COUSA  et enfin  SIMON SUR LES RAILS ..

Trois albums écrits et illustrés par Adrien Albert, trois belles aventures humaines engendrées sous une apparente simplicité. C’est justement ce côté « mine de rien » qui touche et donne envie de dialoguer avec leur réalisateur…

lapin

 Réalisateur…oui… parce que, d’emblée, on est immergés dans un univers proche du dessin animé voir même du flip book, entraînés dans une succession d’images plutôt statiques qui génère paradoxalement du mouvement… zoom de départ sur le personnage, plans qui s’élargissent, enchaînements fondus de séquences…On en est presque à se demander pourquoi un album plutôt qu’un petit dessin animé ?

Ca ne m’a jamais vraiment tenté: un petit dessin animé c’est très long à réaliser, difficile à produire, à diffuser, à rentabiliser…Il y a quelque chose, me semble-t-il, de démesuré entre l’effort à produire et le résultat.

Réaliser un livre pour raconter une petite histoire, ça me convient parfaitement.

Mais dans le cinéma comme dans le livre illustré la narration se fait par l’image, les moyens sont assez similaires, le vocabulaire aussi d’ailleurs (découpage, cadrage etc.)

En tant qu’auteur et illustrateur, quel est le déclencheur : le casting avec une esquisse de personnage ou le scénario ? Comment bâtissez-vous tout ça ?

C’est parfois le personnage qui prime ( Seigneur lapin, Cousa, les Gazzi), parfois le scénario, il n’y a pas vraiment de règle, tout ça est plus ou moins accidentel.

Mais je trouve ça beaucoup plus intéressant et amusant de choisir mon personnage une fois le scénario réalisé, que l’inverse, justement pour le côté “casting”: quel sera le personnage idéal.

Ensuite j’essaye d’être le plus pragmatique possible, pour éviter que la réalisation ne devienne trop laborieuse: un story-board, puis des crayonnés, les dessins définitifs et enfin la couleur.

Les personnages principaux, SEIGNEUR LAPIN, COUSA et SIMON ont comme un petit air de ressemblance à savoir qu’ils n’hésitent pas à se lancer dans une aventure, aventuriers à leur « hauteur », touchants par la volonté, la détermination et le courage exprimés avec un côté anti-héros qui ne se prend pas au sérieux… du SEIGNEUR LAPIN qui revient avec sa petite couronne de fleurs à dos de hérisson , de COUSA qui garde tout ça pour elle, à SIMON qui s’endort aussitôt.. l’acte prime sur la représentation avec tendresse et générosité … Doit-on y voir une transmission de valeurs ? Où placez-vous « l’Aventure » ?

simon sur les rails

Oui tous partent à l’aventure, “Gazzi” compris.

Je pars à chaque fois d’un personnage qui est amené à quitter son territoire, à faire face à une situation nouvelle et en ressort grandi.

C’est le principe du récit initiatique en fait, rien de bien nouveau.

Mais j’ai pris conscience que je répétais ce schéma il y a seulement très peu de temps!

Je n’ai pas vraiment analysé pourquoi, mais je pense qu’il y a plusieurs raisons: certainement qu’il y a là dessous une petite philosophie de vie qui me tient à cœur, c’est peut être aussi une mécanique scénaristique que j’ai assimilée et que je répète inconsciemment et puis il y a la jubilation de l’auteur à voir sa “créature” évoluer ( dans l’espace et intérieurement).

Alors non, il n’y a pas vraiment au départ la volonté de transmettre quoi que ce soit. Sauf peut être une vision assez optimiste de la vie, les personnages ressortent de leur aventure plutôt meilleurs que pires.

En filigrane de l’aventure, il se joue toujours quelque chose sur un autre plan. Il est question de liens, de construction, de place dans la fratrie.. Dans COUSA, par exemple, ce n’est pas seulement, la prise de risque, le danger qui guette dès qu’on s’éloigne mais le fait qu’elle en revient grandie et qu’elle sera admise et non plus rejetée par ses frères, quelque chose aura changé même si elle ne dit rien.. Mine de rien , c’est très fort émotionnellement.. Quels liens entretenez-vous avec l’enfant ou l’enfance ?

cousa

Ouh la!..mmh… et bien par exemple, pour parler de Cousa, les thèmes que j’aborde je ne suis absolument pas aller les chercher du côté de l’enfance: chercher sa place dans une famille, dire ou ne pas dire les choses, le rapport à la nature. Ce sont des choses qui me préoccupaient sur le moment. Ca n’est pas né de souvenirs ou bien de choses observées chez les petits. Ou bien si, des détails qui m’amusent comme par exemple dessiner des Playmobils.

Mais si je devais faire par exemple de la bande dessinée adulte, je traiterais exactement des mêmes choses, pas dans les mêmes formes c’est sûr, je dois tenir compte qu’il s’agit de jeunes lecteurs, mais dans le fond oui.

Mais ce qui me plaît justement par rapport à un lectorat adulte, si j’écris pour des enfants, c’est justement parce qu’il y a cette distance entre nous.

Le personnage du lapin est très humain.. on s’identifie totalement à lui… COUSA est une « vraie » petite fille…Qu’est-ce qui est à l’origine du choix « humain ou animal »… est-ce si important ou pas ? Et aussi pourquoi, plus particulièrement un lapin ?

Alors le lapin c’est un peu un hasard, “seigneur lapin” est tiré d’une enluminure moyenâgeuse et pour Simon, j’avais besoin d’un animal petit, mignon en bas de la chaîne alimentaire, blanc pour qu’il se découpe bien du paysage, courant vite… le lapin était l’animal idéal.

Choisir un humain ou un enfant, tout dépend du degré d’empathie que l’on veut provoquer chez le lecteur:

si Simon avait été un enfant, travaillant à l’usine, traversant seul la montagne, on aurait frôlé le mélo; si Cousa, dont l’histoire est ténue avait été une brebis, l’émotion aurait certainement été un peu faible.

Le dessin et l’utilisation des couleurs sont très différents selon les albums.. certains sont plus proches : COUSA, SIMON SUR LES RAILS voir LE ROI DU CHATEAU dont vous avez fait l’illustration tandis que SEIGNEUR LAPIN ou encore le livre ZELIE ET LES GAZZIi sont dans des tonalités différentes. Est-ce en lien avec l’âge du lecteur ?

gazzi

Non pas du tout. La couleur participe au ton, à l’humeur de l’histoire. “Seigneur lapin” est une légende, une aventure épique je ne cherchais aucun réalisme et plutôt même une certaine grandiloquence. Dans “Cousa” et “Simon sur les rails” je cherchais un certain réalisme et de la douceur. Pour reprendre le parallèle avec le cinéma, la couleur serait également un peu comme la musique d’un film, c’est en tout cas ce que j’aime imaginer lorsque je la réalise.

On assiste à une véritable mise en scène, en espace : un déroulé dans SEIGNEUR LAPIN, un décor presque fixe dans COUSA… on a l’impression que vos albums se montent comme une pièce de théâtre, voir théâtre d’ombres pour SEIGNEUR LAPIN dans lesquels les personnages interviendraient à la manière de comédiens..

Oui un peu, j’ai souvent tendance à dessiner les décors puis à y installer mes personnages. Je suis certainement également influencé par les jeux vidéos, ceux dits de “plate forme” dans lesquels des personnages se déplacent au premier plan d’un décor qui se déroule derrière eux. Mario Bros est une de mes grandes référence, ce jeu à influer directement sur ” SEIGNEUR LAPIN”: la succession des “mondes”, le monde final du feu… Sauf que dans le Mario auquel je jouais, on ne pouvait faire marche arrière, il fallait progresser ou mourir, Seigneur Lapin lui fait demi tour: une libération!

Propos recueillis par Sylvie.

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